Arielle Heaven

Arielle Heaven

J’achetais au comptoir du Projet SONGHAÏ tout à l’heure quand mon regard fut attiré par un homme noir d’un certain âge habillé d’une tenue traditionnelle, parlant à un groupe d’hommes blancs à l’air attentif. Ils étaient en costumes et prenaient note, probablement de futurs investisseurs. A ma question de savoir qui est le monsieur, on m’apprit que c’est le Promoteur du Centre, un Nigérian. Cet homme qui n’est pas de chez nous, a réussi à créer des milliers d’emplois et nourrir des milliers de familles béninoises, à contribuer à l’essor de notre économie, à faire de ce Centre une référence dans la sous-région. Et il n’est pas près de s’arrêter, à voir le regard intéressé de ses probables futurs investisseurs…

 Quelques mètres plus loin, en sortant de la ville, mon regard fut attiré par une foule d’hommes et de femmes marchant sous le chaud soleil en scandant des refrains dont les mots me parvinrent sous forme de murmures.

J’eus une pensée compatissante pour les milliers de familles dont l’avenir est devenu incertain depuis l’avènement du choc de nos deux titans nationaux. Quelques mètres plus loin, en sortant de la ville, mon regard fut attiré par une foule d’hommes et de femmes marchant sous le chaud soleil en scandant des refrains dont les mots me parvinrent sous forme de murmures. Ils avaient des branches et des feuillages en main. Ce sont des syndicalistes. Je les avais rencontré une heure plus tôt vers le Carrefour Y, et les revoilà,après avoir parcouru des kilomètres, marchant vers une destination qui m’est inconnue. Cependant, une seule chose ne m’est pas inconnue : ils marchent pour leurs droits. Ils marchent pour ne pas être entendus mais pour être écoutés. Ils marchent non pour être malmenés mais pour être davantage respectés. Ils marchent pour quelques milliers de plus sur leurs salaires devenus insuffisants avec la chèreté de la vie. Ils marchent pour que leurs enfants aient également le droit de se vêtir avec décence, le droit de fréquenter les meilleurs écoles du pays, le droit d’avoir une parcelle héritée parce que demain,avec le boom immobilier, ils pourraient ne pas avoir les moyens de se l’offrir. Ces syndicalistes marchent finalement pour le compte et dans l’intérêt de la jeunesse. Juste pour avoir quelques milliers de francs CFA.

Ils marchent pour ne pas être entendus mais pour être écoutés. Ils marchent non pour être malmenés mais pour être davantage respectés. Ils marchent pour quelques milliers de plus sur leurs salaires devenus insuffisants avec la chèreté de la vie.

Chose ironique, ils marchaient à quelques mètres du géant édifice inachevé initialement prévu pour abriter l’Assemblée Nationale, le lieu par excellence où les intérêts des faibles (veuves, vieillards, enfants) devraient être préservés. Un édifice qui fut finalement transformé en tombeau de luxe: des milliers de destinées avortées par le gaspillage de tant et tant d’argent. Les syndicalistes ne demandent que des milliers de francs. Le gouvernement n’en a pas à leur donner. Par contre, chaque passage auprès de ce monument nous rappelle qu’il sait gaspiller des milliards de francs. Et pourtant, on nous avait dit que tout irait bien. On nous avait dit que c’est un Docteur en Economie . On nous avait promis qu’il soignerait notre Économie…

 Arielle Heaven