Pour revenir de certaines inerties, il faut des coups de massue. Avouez que celui-ci en est des plus efficaces dans le style … Ok, j’y ai pensé et 3 choses m’intriguent dans le pardon de notre bien-aimé PR.

– Le timing :

C’est vrai qu’on attendait la décrispation depuis longtemps mais une question continue d’électriser nos méninges : pourquoi maintenant ? Quelqu’un a dit parce qu’il y a conférence économique et on veut 600 milliards… Un autre a dit parce que la vérité est désormais révélée … Un autre encore qu’il était temps d’arrêter de nuire à l’image du pays … Un autre enfin que c’est seulement maintenant que Talon demande pardon … euh … plutôt exprime ses regrets. En tout cas, ça a pris un peu longtemps au goût de tous. Le Bénin est devenu la risée de tous. À peine osait-on brandir son passeport qu’on vous affublait de ses sourires qui transpercent comme un glaive jusqu’à votre moelle patriotique … “Encore un de ces africains d’une république bananière qui nous offre les feuilletons les plus cocasses du JT”. Enfin … Ouf ! On est sorti de l’auberge. Merci Monsieur le PR !

– L’intérêt :

Jusque là, Talon n’a jamais dit qu’il reconnaissait les crimes dont on l’accuse. Pas plus qu’il ne se reconnaît dans une quelconque démarche de demande de pardon. Nous savons tous ce que veut dire l’expression “exprimer ses regrets”. Pourquoi pardonne t-on alors que l’autre exprime ses regrets ? Par ailleurs à quoi sert le pardon au plan juridique ? La justice ici comme ailleurs s’en tient à des non-lieu retentissants que même la Cour Suprême n’a pas infirmés. Pour beaucoup à l’extérieur, la plupart de ces détenus le sont donc contre le droit et la justice. Soit. Si le PR a opté pour le pardon au sens biblique, il reste encore de le faire suivre de “restauration”. Ce qui signifie rétrocéder aux intéressés tout ce qu’on leur arraché et les rétablir dans leurs affaires et leurs privilèges. Aura t-on le courage de récupérer les morceaux de gâteau déjà distribués et entamés pour que les anciens ennemis retrouvent leurs entreprises, leurs capitaux, leurs opportunités d’affaire, leurs contrats annulés ? Les procès en cours contre leurs entreprises tourneront-ils à leur avantage ? Sauf que tout ça ressemble plutôt à une manière de sortir de cette affaire avec un peu de la fierté qui reste dans le fond d’une marmite désespérément difficile à remplir …

– La motivation :

Je me souviens comme hier de ces compatriotes de l’intérieur comme de l’extérieur qui en ont appelé au pardon du chef de l’Etat pour que cette triste saga prenne fin. Leurs voix résonnèrent dès les débuts de l’affaire. Pourquoi n’ont-ils pas été écoutés ? Le PR affirme dans son discours que c’est la médiation de l’ancienne métropole à travers son bras armé, la francophonie qui l’aurait enfin convaincu. Vous direz que je suis un peu trop nationaliste mais pour être sincère, je n’aime pas du tout la teinte néo-coloniale de cette initiative de médiation. Pourquoi la voix des français et de la francophonie sont-elles mieux entendues par le PR que celle du peuple qu’il est censé conduire ? Doit-on en conclure que si nous voulons que nos élus nous écoutent, nous devrions passer par la Francophonie ? La prochaine fois que je veux dire quelque chose à qui vous savez, je sais où poster la lettre…

Ave !

Arnaud Karl Job